J’ai eu l’occasion de croiser dans le même genre de circonstances, quelques têtes couronnées de la République Française elles aussi retirées des affaires. Il s’agit alors, le plus souvent, de bien marquer par des messages parfois subtiles mais on ne peut plus explicites, les différences de traitement qui doivent accompagner la reconnaissance de leur statut et les égards dus à leur rang : des entrées spéciales bien sûr (imagine-t-on Valéry Giscard d’Estaing ou Dominique de Villepin dans une file d’attente, quelle qu’elle soit ?) mais aussi tout un cérémonial fait de gardes du corps encombrants, de distance respectueuse, de foules qui se fendent, mi irritées, mi subjuguées, sur le passage des puissants.

La Suède est un des modèles les plus aboutis de société horizontale et c’est pour moi une des raisons de l’incroyable dynamisme de sa société civile. C’est aussi la raison pour laquelle ses « élites » (le terme est d’ailleurs impropre s’agissant de la Suède car précisément elles ne constituent pas à proprement parler une classe à part) sont si naturellement en osmose avec la société et ses différentes composantes qui n’ont pas besoin de manifester bruyamment pour se faire entendre.

Dans une chronique récente, les manifs de la société horizontale, Jean-Michel Dumay (cf. Le Monde, page 2, 22 Décembre 2008) reprenait la distinction entre sociétés horizontales et sociétés verticales (cf. Modèles de société et confiance en l’avenir, Pierre Forthomme, La Tribune du 2 Juillet 2008) pour expliquer les difficultés de Xavier Darcos avec les lycéens. Au-delà du chantier engagé par le ministre de l’éducation, c’est bien le défi auquel sont confrontés nos dirigeants pour faire avancer les réformes : même si la bonne volonté est là (je n’ai pas de doute que le gouvernement a compris qu’on ne peut pas réformer la société malgré elle), il est difficile de se débarrasser de réflexes issus d’une tradition de l’action politique qui, pour reprendre la distinction introduite par Blandine Kriegel, a toujours été plus soucieuse d’œuvrer pour construire l’idéal républicain que de mettre en œuvre concrètement la démocratie dans la vie quotidienne des français.

Et ce défi est d’autant plus manifeste aujourd’hui que la société française, en raison du formidable dynamisme que représente la reconnaissance de son caractère désormais pluriel, est en train de rejoindre la norme des sociétés démocratiques avancées, qui voient dans le citoyen un acteur majeur (dans tous les sens du terme) du processus de prise de décision politique.

Alors que le « modèle scandinave » n’a jamais eu autant la cote, au moins dans les discours de dirigeants de droite comme de gauche, je ne saurais trop les inciter à aller l’explorer très concrètement sur le terrain, sachant que, comme Saint Exupéry le faisait dire au petit prince, l’essentiel est invisible pour les yeux.




Le Monde, page 2, 22 Décembre 2008 : http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/libre/20081221/index. html

Modèles de société et confiance en l’avenir, Pierre Forthomme, La Tribune du 2 Juillet 2008 : http://www.forthomme.net/index.php?page=publications&hl=fr_FR

Blandine Kriegel. Propos sur la démocratie - Essai sur un idéal politique (Descartes & Cie -13 octobre 1994)