Projet qui émerge chez Maria, après quelques mois de grossesse. Souvenir des premières naissances…Gaïa, notre fille première née, il y a presque 9 ans déjà. Chambre réservée à Saint Vincent de Paul, les premières contractions et le départ en catastrophe pour la maternité. Inquiétudes, incertitudes, les battements de cœur un peu trop rapides du bébé in utero, renvoyés, amplifiés, par les inquiétants signaux du monitoring…l’équipe soignante s’affaire, diagnostique, décide. C’est pro, efficace, organisé. J’assiste impuissant à ce mystérieux ballet. Maria se laisse guider, ankylosée et épuisée à l’issue de toutes ces heures passées sur ce lit de travail, harnachée et contrainte.

Et puis finalement, le bébé parait, fatigué lui aussi de ce long combat. Quelques minutes sur le ventre de maman et puis, en moins de temps qu’il n’est faut pour le dire il est récupéré, pris en main, pesé, sous pesé, testé de tous les cotés and , last but not least, lavé, nettoyé, toiletté avec application, langé, habillé, j’oserais presque dire enregistré et estampillé… comme s’il fallait au plus vite faire disparaître toute trace de sa nature sauvage et animale pour domestiquer rapidement le petit d’homme….

18 mois plus tard, bis repetita ! mais cette fois ci, nous avons l’expérience…

Cette fois ci nous savons que les premières contractions n’annoncent pas nécessairement l’imminence de l’accouchement et qu’il vaut mieux rester libre de ses mouvements, à l’extérieur de l’hôpital, le plus longtemps possible pour se rassasier pleinement de cette ultime attente. A tel point, qu’à quelques mètres de Port Royal, nous décidons finalement de rebrousser chemin pour trouver refuge quelques instants, au bar du Bullier, ou Maria décidera de s’octroyer un dernier expresso, ingurgité, tant bien que mal, entre deux contractions.

Cette fois ci nous savons que très vraisemblablement, nous serons une nouvelle fois pris en charge par une équipe soignante hyper-compétente, engagée, rassurante, et qu’il suffira de s’en remettre à son jugement si les choses sont un peu difficiles…

Cette fois ci, enfin, je n’ai pas oublié le brumisateur, pour rafraîchir le front de Maria, et apaiser sa sensation de soif (et oui, pas question de boire ne serais-ce qu’un demi verre d’eau à partir du moment où la catétaire pour la péridurale a été installé) et, avoir finalement quelque chose à faire et ne pas rester les bras ballants quand les choses se passent…

Et d’ailleurs, cette fois ci les choses se passent bien. En ce 27 Mars 1999, un enfant mâle de nature bélier, déterminé et fonceur, déboule bille en tête, après une dernière série de contractions douloureuses certes (la péridurale n’a curieusement anesthésié que le flanc gauche de Maria) mais au combien libératrices. Les années ont passé. Sommes nous plus confiants, plus sereins ou tout simplement plus reliés à cette boussole intérieure qui, lorsque que l’on ose l’écouter, nous indique le Nord, Notre Nord, avec plus d’exactitude et de justesse qu’aucune référence extérieure.

Oser sans agressivité ni violence mettre de coté les injonctions du corps médical, se libérer de la peur du jugement des parents, des amis et de la société dans son ensemble, dont les diktats subtils et bienveillants nous protègent et nous enferment tout à la fois.

C’est cela et aussi la rencontre avec des passeurs magnifiques, qui nous a conduit en ce jour du mois de Mai de cette année, à nous préparer à accueillir à la maison le troisième oisillon.

Depuis plusieurs mois déjà, Maria se prépare avec Marie, sage-femme, spécialisée dans les accouchements à domicile. Préparation physique, physiologique, mais aussi, le mot est mal choisi, mentale.

Préparation pour faire descendre chez Maria, cette confiance en la mémoire de l’enfantement , imprimée dans son corps de femme, au plus profond de ses cellules.

Préparation pour faire émerger cette conscience des gestes, des postures et des rythmes respiratoires qui vont accompagner, faciliter l’ouverture du chemin de l’enfant vers la Vie et vers la Terre.

Préparation pour préparer l’homme aussi, pour qu’il soutienne, valide le choix de sa compagne et tienne pleinement son rôle pendant l’accouchement.

Lorsque les premières contractions se font sentir, nous finalisons les derniers préparatifs : envoi des deux aînés chez des amis, préparation de la « salle d’accouchement », vérification que chaque chose est bien à sa place, conformément aux indications de Marie.

Le temps est d’ailleurs venu de l’appeler. Elle arrive, rapidement, et, avec une infinie douceur, commence à prodiguer, par petites touches presque imperceptibles, les paroles et les gestes qui vont accompagner Maria jusqu’à la délivrance.

La douleur est très forte, et avec elle la peur et le doute, comme la première fois. Mais forte aussi est la confiance en ses propres forces. Répétant d’instinct les gestes ancestraux de lignées de femmes avant elle et prenant pleinement appui sur le sol, Maria, dans un même mouvement, accueille à la Vie cette vie qu’elle portait en elle et la couche sur son ventre libéré.

Combien de temps vont durer ces instants, Maria, l’enfant qui vient de naître, encore relié à sa mère, et moi, enlacés dans cette étreinte première.