Est-il possible de coacher une princesse ?
Par Pierre Forthomme, lundi 30 avril 2007 à 16:08 :: Talents individuels :: rss
La scène s’est déroulée dans mon bureau il y a quelques années. J’avais été informé en avance que je recevrai la visite d’une « certaine princesse », nous l’appellerons Helena, qui souhaitait me rencontrer sur la base de la recommandation d’une de mes relations assez éloignées. Acte manqué, appréhension de ma part, je décide de la recevoir non pas dans mon bureau de coaching, mais dans notre grande salle de réunion dont le style conviendrait mieux, me disais-je, à la personne que je me préparais à rencontrer pour éventuellement commencer un travail d’accompagnement...
La personne qui s’assoit en face de moi, est, à n’en pas douter, une personne consciente de son rang. Le port de tête, le menton très légèrement en avant, une certaine façon de se tenir droite. En général, je cherche à créer au cours de la première rencontre une atmosphère détendue, l’idée étant de créer une relation de proximité et de confiance pour permettre à la personne d’aborder sereinement les raisons de sa demande d’accompagnement. La demande formulée par ma cliente – l’aider à préciser le projet de Fondation sur lequel elle réfléchit depuis plusieurs années – ne me convainc guère. Je me demande quelle valeur ajoutée supplémentaire je pourrais bien apporter à côté de la nuée de conseillers de tous ordres, avocats, conseils juridiques, secrétaire particulier,… qui gravitent autour de la Princesse.
Plus la discussion avance, plus je me sens enfermé, pris au piège dans un rôle qu’elle semble d’ores et déjà m’avoir attribué, quelque chose qui se situerait entre l’homme de compagnie et l’hagiographe officiel.
Je suis pourtant habitué à ces moments de « sidération » au cours desquels il arrive qu’un client prenne littéralement possession de son coach, au point de lui retirer toute capacité de prise de distance, de discernement et surtout de maîtrise du cadre relationnel qui détermine la capacité de celui-ci à faire son travail.
Comme toujours en pareil cas, je vais chercher la recommandation d’un de mes maîtres qui m’ invitait non pas à combattre l’inconfort généré par la situation mais au contraire à prendre appui sur lui, pour en faire un outil au service de la relation d’accompagnement. Comment ? En verbalisant et en permettant à l’autre d’avoir accès à ce que l’on contacte dans la relation, afin d’en faire « quelque chose qui relie » plutôt que « quelque chose qui sépare ».
Me mettant pleinement à l’écoute de ce que je ressens, je prends conscience que le malaise trouve sa source dans un sentiment d’incapacité à avoir accès à autre chose que la persona de ma cliente. La persona, c’est ce masque social qui parfois finit par usurper l’identité réelle d’un individu, le conduisant à se prendre pour celui qu’il est aux yeux des autres et à ne plus savoir qui il est réellement.
Tout accompagnement véritable s’appuie précisément sur la réappropriation par l’individu de ce dialogue fécond entre l’être en devenir et les rôles qui l’habitent, qui ont participé à sa construction et dont il souhaite se défaire. C’est précisément autour de la facilitation de ce dialogue que se structure le travail de l’accompagnant.
Je n’étais pas certain que ma cliente se situait dans cette recherche. Comment alors sortir de cette impasse ? Profitant d’un moment où elle suspendit son monologue, je lui confirmais mon intérêt de l’accompagner dans son projet. J’ajoutais que, suite à cette première rencontre, il serait important que je puisse échanger, au cours de nos entretiens, non seulement avec « la Princesse » mais aussi avec « Helena », dont la participation allait jouer un rôle décisif dans la réussite de notre coopération et que je me permettrais de m’adresser alternativement à l’une ou à l’autre.
Cette proposition fut suivie d’un long silence entre Helena et moi. Le travail pouvait commencer…


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