Quand la compagnie à commencé les travaux de construction d’un oléoduc, les représentants de la tribu ont exigé que l’entreprise fasse de même. Considérant que ces pratiques relevaient du racket et du brigandage, la compagnie a refusé de payer au motif notamment que la tribu n’avait aucun droit de propriété sur le territoire traversé sur son oléoduc. Il s’en est suivi un cycle classique de violence, sabotages des installations d’une part, recours à la force armée d’autre part, chacun considérant qu’il était dans son bon droit. Je ne sais d’ailleurs pas comment l’affaire s’est terminée. Pour moi cette histoire pose de manière exemplaire la question du « relativisme culturel » et de la coexistence de perspectives différentes qui sont parfois incompatibles.

Au risque d’être un peu trivial, j’aurais envie de reprendre la vision d’Esope qui aurait peut-être pu dire que le relativisme culturel est à la fois la meilleure et la pire des choses.

La meilleure, parce qu’il nous permet de prendre conscience que certains principes considérés comme universels ne sont finalement que l’expression des valeurs et des croyances d’un groupe qui, en raison de sa position dominante, impose d’une manière consciente ou non sa vision du monde à l’ensemble des membres de la société.

La pire, parce que si l’on invoque le relativisme culturel pour considérer que « tout se vaut » et qu’il est vain de vouloir rechercher les principes supérieurs dans lesquelles tout le monde pourrait se retrouver, alors il n’y a plus de projet commun possible. A mon sens, le relativisme culturel nous rappelle simplement que ce qui est vrai ici, pourrait très bien être faux ailleurs et que, en définitive, toute vérité est relative à un contexte donné.

Si nous reprenons l’exemple décrit plus haut, il me semble que la seule façon de sortir de l’impasse c’est d’abandonner une logique du type « je suis dans mon droit - il est dans son tort » au profit d’une logique « je suis dans mon droit – il est dans son droit », donc recherchons ensemble une vérité plus profonde qui englobe nos deux contextes. Sinon, il ne me reste plus que le rapport de forces pour faire prévaloir ma vision du droit.

Cette question se pose à nous tous les jours dans nos sociétés devenues multiculturelles et dans les rapports internationaux entre pays. Dans mon expérience de consultant je la rencontre aussi beaucoup chez mes clients internationaux dont les organisations opèrent sur plusieurs ères culturelles. Régulièrement, la question que nous travaillons ensemble, est celle de savoir s’ils peuvent, ou doivent, mettre en place des règles d’éthique partagées. Et si oui, sur quelle base ? Et comment faire la part des choses entre ce qui relèverait d’une bonne conscience naïve selon laquelle le modèle dont je suis porteur est plus « éthique » que celui de l’autre et la complaisance avec des pratiques, non acceptables de notre point de vue, sous prétexte qu’elles sont ancrées dans la culture et l’histoire locale.

Reconnaitre la validité du regard de l’autre ce n’est pas renoncer à ériger des principes supérieurs partagés, c’est, au contraire, rechercher ce socle commun qui nous rassemble, cette « unité dans la diversité » comme nous y invitait Claude Levi Strauss.