Par analogie, pour le consultant, le coach, pour tout intervenant mandaté pour « résoudre des problèmes » dans un système, la position basse présuppose qu’il accepte que la valeur première de son intervention n’est pas tant de trouver « la solution » mais de contribuer, sur un problème donné, à ouvrir toutes les options (pour régler le problème), y compris les options, auxquelles, lui, l’intervenant, n’aurait pas pensé.

Cette philosophie d’intervention est un des présupposés de ceux, coachs ou thérapeutes, qui se reconnaissent dans l’approche dite de « Palo Alto », mais elle ne se limite pas aux frontières de cette école de pensée. Nombreux sont les praticiens, souvent parmi les plus talentueux, qui manifestent cet état d’être, sans le relier spécifiquement à une approche théorique particulière. C’est ce que j’ai découvert en me familiarisant avec les travaux du grand psychiatre américain Irvin Yalom.

Un de ses ouvrages les plus intéressants, intitulé The Gift of Therapy est celui qu’il destine aux « apprentis thérapeutes » et dans lequel il dévoile sa vision personnelle de la pratique de la relation d’accompagnement thérapeutique.

A la différence du cadre psychanalytique traditionnel, par exemple, Irvin Yalom estime qu’il est important, de manifester de l’empathie à ses patients et d’établir une relation de proximité avec eux. A l’occasion – lorsqu’il sent que c’est ce dont ils ont besoin à ce moment là- il n’hésite pas à les toucher, les serrer dans ses bras. Il défend l’idée que, en réalité, c’est la relation qui s’établit entre un thérapeute et son client - et non pas les interprétations du thérapeute – qui donne de vrais changements en cours de thérapie.

L’analyse de cette relation, des sentiments que le client suscite chez le thérapeute, les discussions honnêtes consacrées aux interactions qui se produisent entre les deux partenaires de la relation thérapeutique, sont autant d’outils de travail qu’Irving Yalom met à la disposition de la nouvelle génération de thérapeutes. Il invite tous ceux qui veulent repenser leurs propres méthodes de travail à explorer les liens qu’ils construisent avec leurs clients et d’en faire le matériau n°1 de leur intervention.

Ce travail demande beaucoup de courage, surtout, pour des spécialistes habitués à travailler autrement : non, pour Irving Yalom, le thérapeute, n’a pas vraiment besoin de se protéger derrière cette figure puissante et impénétrable qui soumet ses clients à un examen minutieux. Non, il n’est pas non plus ce détective qui explore la vie de son client, à la recherche des éléments manquants permettant de deviner ses motifs cachés. Et il est encore moins, cet archéologue qui enlève, couche après couche, la poussière qui couvre la vraie personnalité de son client

Pour Irving Yalom, une des raisons principales pour lesquelles le patient se retrouve en thérapie, c’est qu’il n’arrive pas à élaborer des rapports nourrissants avec son environnement et la thérapie représente pour lui une occasion d'établir une relation « donner/recevoir » qui soit plus satisfaisante, à la différence de ce qu’il vit à l’extérieur. Ainsi, si le client confie à son thérapeute des révélations très intimes, celui-ci doit pouvoir les accueillir avec empathie et chaleur humaine, afin notamment que le client perçoive qu’il est important pour lui.

Quarante cinq ans de la pratique clinique ont amené Yalom à admettre que le client et le thérapeute sont des « compagnons de route » dans la thérapie, deux êtres humains qui traitent de problèmes existentiels importants et doivent travailler ensemble pour les résoudre. Et l’accueil de l’autre, accueilli comme une autre soi-même, est le cadeau le plus précieux que le thérapeute peut donner à son client…